Pierre Gaboriau

 

 

Adjoint au Maire du XVIème
chargé du budget et des finances

Député suppléant du XVIème
Président du S.I. du XVIème
Directeur du « Village »


INTERVENTION DE PIERRE GABORIAU  LORS DE LA SEANCE DU CONSEIL DE PARIS
30 MARS 2010


Nous voilà donc après des mois et presque des années de débats appeler à délibérer sur ce dossier difficile du stade Jean Bouin, et en particulier :

  1. Sur le rapport et les conclusions de l’enquête publique relative au projet de reconstruction après démolition du stade Jean Bouin intégrant la réalisation d’un équipement sportif d’environ 20.000 places.
  2. Sur la déclaration de l’intérêt général de l’opération

Comme l’a développé avec intelligence mon collègue Yves HERVOUET DES FORGES, adjoint au Maire chargé de la Jeunesse et des Sports du 16ème lors de la séance du conseil d’arrondissement du 15 mars, ce rapport de la Ville de Paris avait trois objectifs :

  1. il devait et c’est bien le minimum répondre clairement aux huit réserves et nombreuses recommandations émises par le Commissaire enquêteur qui je le rappelle a également été désigné parce qu’il est Géomètre expert … réserves sur lesquelles le Maire du 16ème vient d’évoquer les réponses incomplètes et erronées de la Ville de Paris.

  2. mais également à tout le moins d’ébaucher un projet économique qui ferait suite rappelons le à un investissement « officiel » de 157 M euros – entièrement à la charge des parisiens – et dépassant maintenant de 50 % les chiffres avancés en février 2007 dans une délibération, elle-même annulée le 18 décembre 2009 par le Tribunal Administratif de Paris et pas seulement pour un motif de forme.

  3. et finalement, balayant les dernières résistances, celui d’entamer dès que possible la destruction du stade actuel en tentant de justifier l’intérêt général de ce projet, destruction que seule l’action déterminée des parisiens utilisateurs, des riverains et des scolaires, soutenus par la mairie du 16ème et celle de Boulogne, a réussi à retarder permettant ainsi la pérennité sportive de la saison en cours

Notre espoir résidait malgré tout dans un sursaut de lucidité, de cohérence et pour tout dire de compréhension du Maire de Paris, dont la première des prérogatives devrait être de garantir aux parisiens, de quelque arrondissement qu’ils soient, la pérennité de l’espace utilisable pour eux, pour leurs familles, pour les jeunes et pour les sportifs amateurs, y compris de haut niveau.

Autant le dire clairement, cette attente est largement déçue, certes l’exposé des motifs de cette délibération peut paraître pléthorique, mais le contenu concret est faible, finalement assez désobligeant.

Je ne  veux seulement évoquer et appuyer les remarques judicieuses des associations des parents d’élèves Jean de la Fontaine, Jean-Baptiste SAY et Claude BERNARD directement concernés par le projet de la Ville de Paris, relatif à la démolition du stade Jean Bouin.

 

Les associations des parents d’élèves rappellent que la Ville de Paris a notamment la charges des collèges publics, de l’aménagement des équipements scolaires, du bon fonctionnement et du financement du transport scolaire vers les équipements sportifs.

Or, ce projet de la Ville de Paris relatif à la démolition du stade Jean Bouin représente à cet égard une menace grave pour les élèves des cités scolaires concernées.

 

Il  est en effet aujourd’hui acquis que la Ville de Paris ne dispose pas de solutions satisfaisantes d’accueil des élèves pour la pratique de l’éducation physique et sportive (E.P.S) à compter de la fermeture du stade Jean Bouin programmée fin juin prochain.

 

Le commissaire enquêteur a ainsi souligné que la question des scolaires n’a fait à ce jour l’objet d’aucun « projet de relogement réaliste  [….] pour 4.500 élèves de La Fontaine, Say et Bernard » et n’a donné son avis favorable que « sous réserve que tous les obstacles administratifs ou juridiques [….] soient levés pour la réalisation des mesures compensatoires envisagées pour les clubs, associations, et scolaires qui utilisent les installations qui seront supprimés. »

 

Or, ces obstacles n’ont pas été levés à ce jour, ce qui expose les élèves à une situation désormais alarmante, insistent les parents d’élèves.

 

S’agissant des solutions temporaires envisagées, il est établi qu’elles sont inadaptées, tant sur le plan pédagogique (temps et coût du transport dus à leur éloignement, impossibilité que soient assurées les heures de pratique effective obligatoires des différents sports, diminution des heures d’enseignements délivrées par rapport au temps de services des professeurs d’E.P.S et nécessité de création des postes supplémentaires avec un coût associés)

En outre, les solutions actuellement envisagées ne couvrent que 30 % environ des besoins résultant de la fermeture du stade Jean Bouin, en dépit de leur importance pour les élèves et tout pour ceux des classes de terminales qui passent l’épreuve sportive du baccalauréat.

 

Quant à la solution de remplacement définitive envisagée (réalisation d’installations sportives sur les pelouses de l’hippodrome d’Auteuil) il apparaît qu’aucune certitude n’existe aujourd’hui quant à la faisabilité technique et /ou juridique, et ce en dépit de la fermeture imminente du stade, ce qui laisse penser que les solutions temporaires mentionnées ci-avant pourraient en réalité avoir vocation à durer de façon inacceptable pour les élèves.

Quant à l’intérêt général du projet :

  • C’est « créer la maison du rugby » : mais qui demande de créer une maison du rugby

La Fédération Française du Rugby n’a jamais exprimé ce souhait !

3.876 licenciés à Paris c’est très bien et le rugby est un grand sport d’équipe mais peut-on rappeler que le Comité de Paris  de Judo a  7.000 licenciés, le football 22.000 licenciés, le tennis 40.000 …. ; heureusement le rapport de l’engagement de la Ville de Paris sur les deniers publics pour ces sports n’est pas proportionnel.

Quant à l’affirmation que le stade de rugby (qui ne s’appellera malheureusement pas Jean Bouin) aura vocation à accueillir tous les matchs du Stade Français Rugby, elle prête à sourire, tellement elle est démentie par les faits. Je ne reprends que la présente délibération pour remarquer que tous les exemples donnés de stades modernes sont autour de 25.000 places, ce que n’atteindra pas cette nouvelle enceinte, qui sera de fait dépassé avant d’être terminée.

  • C’est « permettre à Paris de rattraper son retard » dit la délibération

Mais il y avait d’autres moyens plus efficaces, économes et respectueux de l’environnement, je veux dire de l’environnement humain, que ce projet grandiose et inutile.

Je n’y reviendrais pas, ils sont connus : ils n’ont pas véritablement été étudiés par manque manifeste de volonté politique de la part du Maire de Paris. Pour seul exemple, cette histoire de calendriers impossible à harmoniser avec le Parc des Princes mais qui le seront tout de même pour des raisons de sécurité….

Depuis le début de cette affaire, le 16ème arr. ne cesse de demander une rénovation du stade actuel à 15.000 places du type «Jeux Olympiques Paris 2012 » qui aurait aussi largement répondu aux attentes du SF Rugby, équipe valeureuse qui mérite effectivement un lieu aux standards actuels, compte tenu notamment de la proximité des grands équipements structurants utilisables pour les matchs les plus importants, comme c’est le cas actuellement.

 

  • « Reconstruire selon une démarche de développement durable 

Rien n’empêchait un projet HQE de rénovation du stade actuel ce qui est effectivement bien le moins que l‘on puisse attendre d’un tel projet à un tel coût !

 

Je voudrais terminer, Monsieur le Maire, mes chers collèges, cette intervention en rappelant que le Maire de Paris a pourtant le mandat de défendre l’intérêt concret et quotidien et non de vendre « à la découpe » au sport « business » l’espace de vie déjà rare dans une ville particulièrement contrainte sur le plan urbanistique.

Après le triste échec de la candidature de Paris 2012, le Maire de Paris avait l’occasion historique de rationaliser les grands équipements sportifs de l’Ouest parisien ; je pense au devenir maintenant en pointillé du stade Roland Garros.

Nous assistons là à une occasion manquée de plus.

Monsieur le Maire, mes chers collèges, je vous demande, avec force, avec le Député Maire du 16ème, Claude GOASGUEN, le Député Bernard DEBRE et tous les élus de la majorité municipale du 16ème, de renoncer à ce projet très couteux qui constitue, à mon sens, un déni de la démocratie et qui n’a d’intérêt général que le nom qu’on veut bien lui donner.

Je vous remercie

 

Pierre GABORIAU
Conseiller de Paris
Membre de la commission des Finances
Adjoint au Maire du 16ème Chargé du Budget de des Finances
Député suppléant

                                                                                 
Pierre Gaboriau
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